Voilà une petite année que je m’intéresse aux communs. Sans en être un érudit, j’ai rapidement constaté l’intérêt qu’il pourrait y avoir pour un designer s’intéressant à l’infographie numérique de prendre à bras le corps ce sujet car la diversité des modèles de communs, leurs « patterns » et la dynamique interne à leurs organisations respectives en font des objets fascinants à représenter. Ce que je recherche avant tout, c’est moins d’être dans l’exactitude et l’exhaustivité pour caractériser le plus précisément possible un commun, mais à donner une image générale et une impression directe de ce qu’est un commun en particulier afin que l’on puisse les appréhender sans les filtres qui conditionne le regard. En effet, j’ai pu observer à quel point il est difficile d’expliquer à son entourage ce que sont les communs et surtout combien nous cherchons à les assimiler à du connu sans pour autant en avoir un idée plus clair à l’arrivée. D’une certain manière ce n’est pas si mal ! Dire à sa mère « un commun, c’est comme Wikipédia » lui donne une idée générale assez performante, néanmoins cela ne lui permet pas de pouvoir saisir leur mécanique souterraine et donc de  rendre opérant le concept de communs. Sans compter qu’il faut souvent une quinzaine de minutes pour trouver le bon discours et désamorcer les lieux communs ! Ma manière d’aborder les communs part donc d’une abstraction que je trouve bien fondée et qui fait l’économie du folklore qui entoure les communs. La méthode que j’utilise reprend simplement l’idée centrale développée par Elinor Ostrom que ce sont les faisceaux de droits et qui caractérisent la forme institutionnelle des communs. Ce faisant seul deux occurrences me semblent tout d’abord importantes à représenter : les droits mis en place dans le commun et les utilisateurs ou les groupes d’utilisateurs qui y sont rattachés.

Nous aurions deux façons de représenter la forme interne d’un commun, elles pourraient consister premièrement en alignant les rôles sur les faisceaux de droits (1), soit à l’inverse en faisant partir des rôles les différents droits qu’il lui sont rattachés(2).  Pour décliner ces deux modes, j’utilise d’une part la représentation radiale et d’autre part l’organigramme classique.

C’est à mon sens la manière la plus synthétique de présenter la logique des communs, néanmoins il s’agit là d’informations qui relèvent d’un premier niveau. En effet, l’art de l’infographie exige d’utiliser des métaphore pour rendre signifiant quelque chose de complexe, mais aussi de hiérarchiser les degrés de lecture selon la manière dont on souhaite qu’un lecteur décrypte le système mis en forme. Ainsi, d’un premier niveau qui se contente de présenter une mécanique simple de droits attachés à un groupe d’usagers, ou l’inverse, d’autres niveaux sont nécessaires pour enrichir la lecture tant sur une version papier (c’est le rôle d’une légende) que sur une version numérique où les possibilités d’interactions et de pop-up dynamisent la lecture des informations complexes.

Si ces deux manières de représenter la mécanique des faisceaux de droits ont leurs avantages propres, il semble cependant qu’une troisième information doit apparaitre au premier niveau de la représentation. En plus du groupe d’usager qui bénéficie d’un droit quelconque, il semble pertinent d’afficher sur quel autre groupe ce droit se manifeste. Certains droits fondamentaux comme celui de prélever la ressource ou le bien n’exigent évidement pas cela, mais la plupart des autres droits impliquent une interaction supplémentaire : le droit d’un groupe de commoner sur un autre. Sur Wikipédia par exemple, le droit de désigner les Stewards (une sorte de super admin) s’applique à un groupe particulier qu’est la communauté de Wikipédia Francophone, mais aussi de celle des autres projets Wikimédia. On peut donc dire la chose ainsi Communauté de wikipédia -> Désigne -> Stewards.

Sur une représentation radiale, on peut fonctionner à partir de la métaphore d’un système de planètes (les commoners) qui gravitent autour d’une étoile (le commun).

On peut également utiliser un système de graphes plus classique.

Proposition graphique sur l'exemple de Wikipédia Francophone

Pour développer cette proposition, je me sert de l’exemple de Wikipédia dont j’ai pu me procurer un organigramme.