L’égalité au regard

de la modernité

démocratique


Comment l’idée démocratique incarne l’idéal des communs

Les régimes politiques se caractérisent par la manière dont ils distribuent le pouvoir. L’aristocratie donne le pouvoir à une élite constituée souvent à travers le lien du sang, la monarchie autorise à un seul homme d’être souverain, l’oligarchie est le règne d’une minorité souvent riche et d’une ethnie dominante sur une minorité, la ploutocratie est le règne censitaire des riches sur les pauvres, quant à la tyrannie, c’est le pouvoir illégitime de référence. De la même manière, la dictature prend des sens différents selon les époques mais fait également référence à une concentration très restreinte et tyrannique du pouvoir. Enfin, la démocratie, dont on dit souvent qu’elle représente le pouvoir du peuple, est la forme de gouvernement que nous allons chercher à décrire dans un premier temps, afin de mettre en exergue les rapports entre égalité, pouvoir, gouvernance et bien commun. Cela nous permettra de comprendre qu’une démarche faisant appel aux communs est nécessairement politique et que cela s’inscrit dans une histoire de longue traîne à laquelle beaucoup de femmes et d’hommes ont participé. D’autre part comme nous le verrons tout au long de ce dossier, les communs et l’économie du partage font grandement jouer dans leurs fonctionnements des principes qu’elles nomment démocratiques. Ceci s’explique par la prééminence de la notion de gouvernance qui semble être l’un des noyaux par lequel se définissent ces différentes initiatives que nous étudierons dans les chapitres suivants. Aussi, décrire l’origine et les fondements du terme démocratie – si difficile à saisir, mais si souvent employé – revêt une importance capitale, car cela nous permettra ensuite d’effectuer un distinguo clair entre les communs issus de l’économie du partage et l’uberisation issue de « l’économie de prédation »01. Il est très clair que ce que l’on appelle aujourd’hui la gouvernance pose de plus en plus de question tant le terme est sur-employé par les entreprises, les États, le management, les militants.L’une des caractéristiques d’une entreprise comme Uber est d’avoir externalisé l’employé qui produit la valeur économique pour le remplacer en agent « autonome » dont la relation avec l’entreprise est à peine contractuelle. On peut même considérer que dans Uber, les chauffeurs sont des clients comme les autres et par conséquent, la chaîne de gouvernance n’est plus un ensemble de règles établies et légitimées par le droit, mais une relation purement contractuelle qui évolue en dehors de tout cadre de réglementation. Or, la gouvernance est la forme de réglementation des rapports sociaux afin d’en organiser la pacification. Car on suppose que sans cela, la loi de la jungle, du talion et du plus fort seraient les normes. Que peut dire le principe de démocratie au regard de l’enjeu de la gouvernance à laquelle sont confrontés nos sociétés ? Le fait est qu’il existe aujourd’hui un désir profond d’investissement des salariés au delà des postes de travail qui leurs sont attribués, que la société civile tend de plus en plus à affirmer son autonomie vis-à-vis de l’emprise du marché et de l’État. Mais aussi que la légitimité démocratique de toute pratique est questionnée en permanence pour valider ou invalider un dispositif.


Notes de l’auteur

01 – terme polémique employé par Benjamin Coriat sur lequel nous reviendrons dans le chapitre IV