Égalité,

arithmétique

et géométrie


Les formes d’égalités au centre du jeu institutionnel

Il y a des conceptions de l’égalité qui sont contradictoires et cela influe grandement sur la construction de l’imaginaire commun et donc sur la vision que nous entretenons de la démocratie. Les Grecs distinguent l’égalité géométrique (Justice distributive) de l’égalité arithmétique (Justice commutative) afin d’obtenir la meilleure forme de justice au sein d’une société. Pour faire simple, l’égalité géométrique distingue les hommes en fonction de leurs mérites, de leurs actions, de leurs rangs, etc. Elle se rapproche de l’idée de justice sociale qui considère qu’une personne venant d’une classe dominée doit recevoir des corrections de son état financier, social, culturel etc. On parle parfois d’égalité des chances pour utiliser une expression plus moderne. Si, par exemple, quelqu’un blesse un autre, l’agresseur sera puni en fonction des circonstances et de son environnement social. A l’inverse, L’égalité arithmétique ne distingue pas les hommes, mais applique le principe d’égalité au sens mathématique. Si nous reprenons notre exemple plus haut, l’agresseur devra rembourser la personne à hauteur de la blessure infligée sans prise en considération des circonstances. Il est évident que l’une et l’autre possèdent chacune leur intérêt propre. Cependant, il est intéressant de constater que l’égalité arithmétique est plutôt la forme d’égalité qui convient dans les institutions d’une démocratie, à contrario de l’idée que l’on pourrait se faire spontanément. En effet, les Grecs considéraient le suffrage par le sort comme l’outil idéal de la démocratie 01. Ce mode de désignation crée une égalité arithmétique car le sort ne distingue pas les hommes en fonction de leurs caractéristiques individuelles mais à travers une pure opération d’aléa.


Notes de l’auteur

01 – Bernard Manin explique cela en introduction de son ouvrage comme l’interrogation première qui l’a poussé à écrire son livre « Principes du gouvernement représentatif »